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Adieu, Gérard

Nous savions que cela devait arriver, même si nous tentions de ne pas y penser et que nous espérions un miracle. Au final, la violence du choc aura été entière. C’est étrange de constater à quel point on peut voir venir de loin et pourtant, se retrouver paralysé, comme un lapin pris dans les phares, quand le choc survient. Être prévenu ne fait apparemment rien pour réduire la douleur.

Au cours des dernières semaines, des centaines de personnes ont publié des milliers de statuts où l’on retrouvait unanimement les mêmes sept ou huit mots : gentillesse, humour, générosité, talent, effort, persévérance, connaissance, modestie… On ne se surprendra pas de constater que ce sont très précisément les qualités d’un sommelier idéal.

Même maintenant, il est difficile d’imaginer l’ASI sans la présence de Gérard. J’ai déjà écrit qu’il était le sommelier que tous les sommeliers aspirent à devenir, mais je me rends compte que c’était prendre mes désirs pour des réalités. Gérard était unique, non seulement à cause de ses innombrables titres et honneurs, mais parce qu’il transcendait le vin et la sommellerie. Il avait un don : une capacité de toucher les autres, de les inspirer à offrir le meilleur d’eux-mêmes, à croire en leur capacité de toujours progresser et de se battre pour réaliser leurs rêves.

C’est pourquoi nous avons décidé de dédier un bulletin complet à la mémoire de Gérard Basset et d’inviter des collègues et amis à partager anecdotes et témoignages à son sujet. Un hommage parmi plusieurs et une occasion de se souvenir de lui avec le sourire.

Alors que nous nous préparons pour le 16e Concours du Meilleur sommelier du monde ASI, qui aura lieu en mars à Anvers, il est bon de se rappeler que Gérard nous a appris à ne jamais abandonner et à travailler sans cesse pour devenir meilleur. Rassemblés en Belgique, nous aurons l’occasion de promouvoir la sommellerie partout sur la planète, avec en tête des objectifs communs d’excellence, de partage et de service.

Des réalisations à la mesure de sa détermination

Même s’il n’était pas du genre à en faire étalage, Gérard Basset a cumulé un nombre de réalisations, de prix et de reconnaissances incroyables, au fil d’une carrière de quatre décennies qui l’a vu débuter comme plongeur, avant de grimper tous les échelons vers le sommet de sa profession. Il a aussi obtenu du succès en affaires, en tant que partenaire-fondateur de la chaîne des Hôtels du Vin, en Angleterre, et comme cofondateur, avec sa femme Nina, du très admiré Hôtel Terravina, rebaptisé Spot in the Woods en 2018.

Il aura été le premier à obtenir à la fois le titre de Master of Wine et celui de Master Sommelier, un exploit qui, à lui seul, montrait bien sa maîtrise exceptionnelle de sa profession et ses connaissances tout aussi hors du commun. Mais il n’allait pas s’arrêter là, lui qui devait également décrocher un MBA en commerce du vin, ainsi qu’un MSC de l’Organisation internationale de la vigne et du vin, en plus d’agir à titre de directeur du comité technique de l’ASI, après avoir fait de même au sein de l’Academy of Food and Wine Service, au Royaume-Uni. Il a également été décoré de l’Ordre de l’Empire britannique et nommé Homme de l’année 2013 par le magazine Decanter, ainsi que Président honoraire du WSET en 2014, pour ne nommer que quelques-uns des honneurs reçus au fil des ans.

Le point culminant de sa carrière aura bien sûr été sa victoire au concours du Meilleur sommelier du monde 2010, après de longues années de cheminement dans les concours nationaux et internationaux, notamment en tant que Meilleur sommelier d’Europe, en 1996. Il était une des figures les plus respectées et les plus appréciées du monde du vin, grâce à ses connaissances profondes et diversifiées et à ses compétences impressionnantes, mais aussi grâce à sa non moins impressionnante générosité, à son sens du partage et à sa modestie. Il cherchait toujours à exceller comme nul autre, dans tous les aspects de son travail et de sa vie, et c’est ce que le monde du vin retiendra par dessus tout de lui.

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