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Michèle Aström Chantôme – Secrétaire général de l’ASI

Gérard m’a toujours été très cher. Nous nous sommes rencontrés vers la fin des années 80 et nous nous sommes croisés quelques fois, avant que je n’aie vraiment l’occasion de le connaître, au moment où il a remporté le titre de Sommelier de l’année Champagne Ruinart du Royaume-Uni en 1992. C’est à ce moment que j’ai découvert son caractère combatif. Il ne pouvait pas vivre sans relever un défi professionnel. Il n’abandonnait jamais avant d’avoir atteint son objectif. C’est pourquoi j’étais si confiante, devant son combat contre le cancer. Je ne pouvais pas imaginer qu’il perdrait cette bataille.

Bien sûr, toute le monde sait que Gérard était le sommelier le plus primé – Master Sommelier, Master of Wine, Meilleur sommelier d’Europe, Meilleur sommelier du monde – mais il avait été profondément touché quand la princesse Anne lui avait remis le titre d’Officier de l’Empire britannique au nom de la reine. Le jeune français modeste qui était venu en Angleterre en suivant l’équipe de foot de sa ville natale de Saint-Étienne se voyait reconnaître par son pays adoptif. Il était si fier de ce titre, qui était très important pour lui. Et puisqu’il avait un bon sens de l’humour, je me faisais un plaisir de lui rappeler qu’il était devenu citoyen britannique grâce à moi. Il voulait tellement participer au Trophée Ruinart Europe qu’il m’avait « harcelée » pendant mes vacances d’été pour me convaincre de changer le règlement et d’accepter un sommelier français résident du Royaume-Uni. Puisqu’il vivait en Angleterre depuis plusieurs années et qu’il avait épousé Nina, il était évident qu’il devrait prendre la citoyenneté britannique, tout en conservant la citoyenneté française.

Chaque fois que nous voyagions ensemble, j’étais surprise de voir tous les livres qu’il achetait à l’aéroport. Des livres sur le vin, pensez-vous ? Pas du tout. Il en avait déjà des paquets chez lui. Il cherchait seulement des livres sur les réalisations personnelles, dans les domaines du sport, des arts, des affaires, ou des biographies de leaders dans tous les domaines. Il avait toujours besoin d’exemples pour s’assurer qu’il était sur la bonne voie. Il voulait savoir comment ils étaient parvenus au succès et tirait parfois des leçons de leurs expériences.

Au sein de l’ASI, quand Shinya Tasaki lui avait demandé de devenir secrétaire général, il m’avait demandé de venir l’épauler, comme membre du Bureau et aussi du Comité des concours. Je dois dire que pour moi, il s’agissait d’une période fantastique. Une expérience exceptionnelle, alors que je découvrais sa façon de penser, de travailler. Nous étions extrêmement occupés, mais nous avions beaucoup de plaisir et c’était très gratifiant.

La préparation du tutoriel, en Argentine, aura été une autre expérience exceptionnelle avec Gérard. Nous avions passé en revue toutes les vidéos du Concours mondial, à Mendoza, et il expliquait tous les tests en donnant des conseils aux candidats. Il le faisait d’une manière simple et convaincante – tout ce qu’on espère d’un guide, d’un coach. Il savait exactement de quoi il parlait, après tous les concours majeurs auxquels il avait participé.

Il est difficile de s’arrêter d’écrire à propos de Gérard. La grande amitié que j’ai eue avec lui et Nina aura duré une trentaine d’années. Il y a tant de bons souvenirs que je pourrais raconter, de partout dans le monde, toujours avec des personnes fantastiques qui l’admiraient tant. Il me disait « il faut parfois que je me pince pour m’assurer que ce n’est pas un rêve. J’ai une vie tellement fantastique. »

Malheureusement, il n’a pas pu continuer à cause de sa terrible maladie. Il nous a quittés beaucoup trop tôt. C’est tellement injuste… Toutefois, où qu’il soit désormais, son âme sera toujours là pour nous accompagner et nous guider. Nous en avons encore beaucoup à apprendre de lui.

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