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Jean-Pierre Durand d’AdVini sur le Terroir : c’est la pierre angulaire des émotions et de tout ce qui rend le vin unique

 

Au cours de ses 30 années de carrière consacrées aux grands terroirs français, Jean-Pierre Durand, petit-fils de vigneron de la Drôme Provençale, a acquis une expérience complète de la filière viticole. De la production à la direction commerciale, ses différents postes l’ont amené à promouvoir les vins, les terroirs et l’appréciation de la viticulture, à développer des relations durables avec les principaux leaders d’opinion (sommeliers, chefs ou cavistes) et à offrir des expériences fortes aux clients, notamment par le biais d’activités oeno-touristiques.

En commençant sa vie professionnelle en Bourgogne, au Clos de Tart ainsi qu’au Château de Chassagne-Montrachet, Jean-Pierre a expérimenté la nécessité de protéger les sols et les terroirs, de développer des méthodes de viticulture précises et respectueuses de l’environnement et de promouvoir ces pratiques au niveau international.

Jean-Pierre a ensuite rejoint AdVini en tant que directeur général d’Ogier en 2006. Il y a réalisé l’acquisition d’un ancien domaine du Prieuré où reposent encore paisiblement les grands vins du Clos de l’Oratoire des Papes.

Depuis juillet 2020, Jean-Pierre est membre du conseil de gouvernance d’AdVini sous la présidence d’Antoine Leccia. Parmi ses fonctions, il supervise la Direction du marketing stratégique et de la communication ainsi que la Direction du développement durable.

En tant que Président d’AdVini Sud-Ouest et de la région de Bordeaux, Jean-Pierre gère plusieurs domaines, tels que Château Patache d’Aux et Château Liversan (Médoc et Haut-Médoc) Château Capet Guillier (Saint-Emilion Grand Cru), Château Mirefleurs et Château Grand Renom (Bordeaux Supérieur). A Bordeaux, il a relevé le défi de lancer des actions positives pour préserver le terroir et la biodiversité des domaines. Sous sa direction, le Château Capet-Guillet a entamé sa conversion en biodynamie, avec quelques vignes récemment plantées selon les principes de la permaculture.

 

AdVini est considéré comme un leader français des vins de terroir. Que signifie le mot terroir pour vous ?

Au sens strict, le terroir désigne une zone géographiquement limitée, traditionnellement composée de 3 éléments : une plante, son sol et son sous-sol, son climat. En France et en Europe, le système d’Appellation d’Origine Protégée est un exemple de reconnaissance du terroir et de l’origine. Le terroir est aussi la pierre angulaire des émotions et de tout ce qui rend un vin unique.

L’homme est le 4ème élément essentiel. Les hommes et les femmes qui travaillent dans les vignobles sont des chefs d’orchestre. Grâce à une observation précise et durable de la nature, ce sont eux qui révèlent le terroir en élaborant collectivement des pratiques viti-vinicoles appliquées, en les transmettant aux générations futures (au Domaine Laroche à Chablis, les vins sont encore élevés dans l’ancienne Obédiencerie créée par des moines au IXème siècle !

Le terroir n’est pas un concept figé. S’il est ancré dans des traditions de longue date, il ne cesse également d’évoluer. Le changement climatique, par exemple, nous interpelle depuis des décennies. Nous envisageons également la viticulture d’une manière plus saine. Tout cela a un impact considérable sur la façon dont nous traitons le terroir aujourd’hui.

 

Comment communiquez-vous efficacement la notion de terroir à vos consommateurs alors que vos vignobles couvrent une grande partie de la France et de l’Afrique du Sud ?

Chez AdVini, nous avons en effet la chance de couvrir de nombreux terroirs différents, de l’Afrique du Sud dans la région de Stellenbosch (Ken Forrester, L’Avenir, Le Bonheur…) à la France. Nous sommes profondément enracinés en Bourgogne avec le Domaine Laroche (Chablis) et la Maison Champy (Côte de Beaune), dans la Vallée du Rhône avec Ogier et le Clos de l’Oratoire des Papes et à Bordeaux grâce à des domaines viticoles tels que le Château Capet-Guillier (Saint-Emilion Grand Cru) ou le Château Patache d’Aux (Médoc). Autour de la Méditerranée, nous explorons les terroirs du Languedoc depuis près de 150 ans avec les Vignobles Jeanjean, tandis que Cazes et Château Gassier sont devenus au fil des ans des icônes, côté Roussillon et côté Provence.

Quel merveilleux terrain de jeu que les terroirs de Chablis pour Grégory Viennois ! Issus d’un seul cépage, les vins du Domaine Laroche sont, même après 30 ans de carrière dans le vin, étonnamment si différents. Le Domaine Laroche propose 20 Chablis différents, du Chablis Saint Martin aux Grands Crus. Grégory parcourt le monde pour organiser des dégustations avec des professionnels et des amateurs.

A Châteauneuf-du-Pape, Edouard Guérin observe le même phénomène. Les grenaches plantés sur des galets roulés apportent chaleur et rondeur, tandis que ceux sur des sols de safre donnent des vins plus maigres. Une gamme dédiée, Collection de Terroirs, est proposée aux clients.

AdVini est une collection de savoir-faire où nos maisons de vins jouissent d’une grande autonomie, tant du côté de la production que de la façon dont elles mettent ce savoir sur le marché. Notre fil conducteur chez AdVini est de révéler cette diversité et de partager cette richesse de terroir avec nos clients.

 

Quelles pratiques durables, selon vous, soutiennent le mieux l’idée de terroir ?

AdVini a toujours été engagé dans le développement durable. Nous menons une approche holistique basée sur deux piliers. D’une part, nous agissons pour préserver nos vignobles et d’autre part, nous cherchons à les ennoblir constamment.

Depuis 2002, nous avons interdit l’utilisation de produits chimiques CRM dans notre viticulture et avons ouvert la voie à nos partenaires autour des vignobles français. Au rythme que permet le climat local, nous avons mis en place une agriculture durable et biologique, la biodynamie et même la permaculture.

Le Domaine Cazes dans le Roussillon est en fait le plus grand domaine biodynamique de France avec 240 ha.

70 % de notre vignoble français est maintenant certifié biologique ou en conversion, tandis que 100 % de notre vignoble sud-africain est certifié IPW. Par ailleurs, 16 % de nos vignobles sont certifiés en biodynamie depuis 20 ans.

Notre recherche d’une amélioration continue de la qualité et de la typicité de nos vins a conduit le Domaine Laroche par exemple à mettre en place une sélection massale afin de préserver la diversité génétique de ses vignes. Et si l’on considère que l’étape de la vinification fait partie de l’expression du terroir, Matthieu Carliez aux Vignobles Jeanjean travaille depuis 10 ans avec des levures indigènes.

Une dernière initiative importante à mentionner est notre engagement dans une démarche globale de respect de l’environnement au Château Capet Guillier (Saint-Emilion Grand Cru). Nous avons en effet lancé un projet de permaculture dans une parcelle récemment plantée. Une parcelle qui, nous l’espérons, nous mènera vers une nouvelle façon d’aborder le terroir et la viticulture.

 

On dit que les vins du Nouveau Monde manquent de terroir. Vous avez des vignobles à la fois dans l’Ancien Monde (France) et dans le Nouveau Monde (Afrique du Sud). À votre avis ?

Je ne suis pas d’accord avec cela, surtout lorsqu’il s’agit de l’Afrique du Sud. On peut considérer que le vignoble sud-africain est au moins aussi « jeune » que la première vendange qui remonte à 1659 ! Cependant, des hommes et des femmes ont développé des processus de viticulture spécifiques, basés sur les connaissances européennes de l’époque mais aussi sur leur expérience dans la compréhension de leur sol et de leur climat.

Je considère plutôt l’Afrique du Sud comme l’exemple parfait de l’harmonie qui peut exister entre l’homme et le terroir.

Certaines des meilleures expressions du pinotage se trouvent à L’Avenir, dans la région de Stellenbosch, où les pentes de la montagne Simonsberg et les brises marines jouent toutes deux un rôle important. Le Single Block Pinotage de L’Avenir est aujourd’hui considéré comme l’apogée du Pinotage moderne de Stellenbosch. Il est élaboré à partir d’une sélection de vins des meilleurs fûts. L’Avenir Block 2 Pinotage présente des caractéristiques géologiques exclusives.

Le Chenin Blanc est un autre exemple de maîtrise du terroir sud-africain. D’un point de vue purement français, avec l’expérience de la vallée de la Loire, certains auraient pu penser que cette variété ne s’adapterait pas bien. L’histoire leur a donné tort et le talentueux Ken Forrester est aujourd’hui considéré comme le « pape du chenin blanc ».

L’emplacement de ses vignes de Chenin Blanc, sur une élévation à environ 5 km de False Bay, bénéficiant de la brise de l’Atlantique matin et soir, permet d’obtenir le meilleur des deux mondes : la fraîcheur pour des vins croquants, et le soleil pour des grappes bien mûres.

 

Comment AdVini aborde-t-il le fait que dans certaines régions plus chaudes (comme Bordeaux), le « terroir » traditionnel lutte pour sa survie ?

Chez AdVini, nous ne considérons pas le réchauffement climatique comme une lutte pour la survie, mais plutôt comme un phénomène auquel nous devons nous adapter. Nous voyons deux voies d’adaptation :

Premièrement, vous cherchez de nouveaux emplacements. Nous avons acquis le Château Patache d’Aux, à l’extrême nord du Médoc, car nous pensons que cette zone sera la meilleure pour produire les meilleurs Cabernet Sauvignon de la région dans les années à venir, alors que le sud du Médoc ne produira que des vins à 15% d’alcool.

À Châteauneuf du Pape, nous avons complété nos vignobles il y a plusieurs années en achetant de nouvelles parcelles dans la partie de l’appellation orientée vers le nord (Pignant en est le meilleur exemple). Cette partie était autrefois considérée comme de moindre qualité ; aujourd’hui, elle prouve tout son potentiel.

Deuxièmement, vous adaptez votre technique aux conditions locales :

Nous mettons donc en place des mesures dans nos vignobles pour atténuer son effet, comme des méthodes de capture et de séquestration du carbone dans nos sols. Nous adaptons les procédés à ces nouveaux défis en combinant les progrès de la science et de la technologie avec bon sens. Par exemple, notre département de développement durable a créé la première intelligence artificielle pour aider nos vignerons à décider de l’irrigation de leurs vignes.

Chez Ogier, Edouard Guerin a décidé de repousser la taille des vignes pour mieux maîtriser le cycle végétal et donc le moment des vendanges.

Pour faire face au réchauffement climatique et apporter fraîcheur et complexité à ses vin, Lucie Laulhié au Château Liversan utilise des procédés de vinification en grappes entières.

De nouveaux pieds de cabernet sauvignon ont été plantés sur des sols de graviers en bordure de l’estuaire de la Gironde et de nouveaux plants de merlot sur des sols argilo-calcaires. Nous avons également introduit le cabernet franc et le malbec sur des sols calcaires.

Ces adaptations sont l’exemple vivant que le terroir est une notion en constante évolution.

 

Les Piwis (Pilzwiderstandsfähig) ont-ils une place dans le concept de terroir d’AdVini ? Comment envisagez-vous un avenir durable ?

Les cépages Piwi ne vont pas forcément à l’encontre du concept de terroir. Les hommes et les femmes ont toujours observé la nature et essayé de s’y adapter. Outre le pinotage, le cabernet-sauvignon de Bordeaux est un autre bon exemple pour illustrer la capacité du genre humain à sélectionner et à adapter la meilleure plante à son environnement. Il a en effet été créé il y a quatre siècles à partir d’un croisement entre le Sauvignon Blanc et le Cabernet Franc.

Les Piwis, ainsi que des variétés provenant de régions plus chaudes, sont testés ou ont été acceptés par les ODG locaux, comme le Touriga Nacional du Portugal à Bordeaux.

À AdVini, nous étudions d’autres solutions, notamment la permaculture. Moins de produits chimiques, un meilleur équilibre entre végétal, minéral et animal au sein des parcelles. L’avenir de la viticulture est probablement à inventer à ce niveau.

AdVini veut en faire partie pour des vins meilleurs et plus sains et pour que des générations de vignerons et de sommeliers continuent à construire une culture du vin aussi agréable que celle que nous apprécions nous-mêmes.

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