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Parlons terroir avec Tim Atkin

Tim Atkin est un écrivain du vin reconnu et un Master of Wine. Parmi les publications auxquelles il contribue, citons Decanter, Gourmet Traveller Wine, Harpers et Drinks Business, entre autres. Il est également co-président de l’International Wine Challenge.

 

Le terroir, ce sentiment qui « transcende l’enquête scientifique », est un concept très difficile à expliquer. Cependant, si vous deviez le définir pour quelqu’un qui n’est pas familier avec ce terme, que diriez-vous ?

TA : Le sens du lieu est probablement ce qui s’en rapproche le plus en anglais, mais cela n’inclut pas la partie humaine du terroir, ni l’impact des générations précédentes qui, je pense, peut souvent être significatif. Peut-être devrions-nous dire que chaque vignoble – bon, mauvais, ou quelque part entre les deux – possède son propre ADN. Il peut donc y avoir différents niveaux de qualité en matière de terroir. Je sais que ce n’est pas une réponse très succincte, mais c’est un concept « glissant » à définir.

 

Vous avez réalisé un certain nombre de rapports sur les pays du nouveau monde (Argentine, Afrique du Sud) et de l’ancien monde (Ribera Del Duero, Grèce). Pouvez-vous nous parler de différences dans la façon dont chacun interprète le concept de terroir ?

TA: Pour être honnête, je pense que cela dépend des producteurs individuels. C’est en Bourgogne que le concept est le plus vénéré, je dirais, mais même là, certains essaient plus que d’autres d’exprimer leurs terroirs, avec une agriculture durable ainsi que des pratiques biologiques et biodynamiques. Mais je pense que ce que nous constatons dans le monde entier, du moins dans le haut de gamme, c’est un intérêt pour l’expression des propriétés uniques des grands vignobles, des villages et même des sous-régions. Il y a également moins de dépendance à l’égard du bois neuf et des vendanges tardives, qui, à mon avis, occultent souvent l’expression du terroir. Nous constatons un intérêt accru pour la pureté, la fraîcheur et l’équilibre.

 

En tant que juge et critique, comment reconnaissez-vous le « terroir » dans un vin, et en quoi cela influence-t-il votre notation ?

TA : Je suppose que cela dépend si vous dégustez à l’aveugle ou avec l’étiquette ! Mais je recherche des vins avec une typicité plutôt qu’un terroir peut-être. Le problème avec la typicité, cependant, est qu’il y a un certain degré de subjectivité de la part du dégustateur. Il y a aussi l’élément humain (encore une fois), car les différents vignerons ont leurs propres idées sur ce qui est « typique ». Regardez une gamme de chenins sud-africains, de malbecs de la vallée de l’Uco ou d’assemblages de tempranillo de la Rioja Alavesa. Ils peuvent varier de façon spectaculaire. Je pense donc qu’il est dangereux de donner des notes plus élevées aux vins de terroir. Il est important de garder l’esprit ouvert et de comprendre que le terroir ne fait pas le vin, même s’il peut avoir un impact considérable sur le style. Ce sont des êtres humains qui le font.

 

Comment préserver le terroir historique, le sens du lieu, face à un changement climatique qui rend obsolètes des traditions bien ancrées (climat, cépages, pratiques viticoles) ?

TA : Je pense que c’est une question cruciale. Dans une large mesure, le monde du vin est dans le déni en ce moment. De nombreux domaines « classiques » vont être contraints de changer leur façon de travailler, les cépages qu’ils utilisent et, en fait, leurs certitudes quant aux meilleurs sites viticoles. Mais le monde du vin n’a jamais été une entité statique et fossilisée. Le changement climatique fait peur, mais il peut faire apparaître de nouvelles régions, de nouvelles saveurs et de nouveaux styles de vin. Cela peut être intéressant et même passionnant, mais je m’inquiète pour certaines régions au climat frais comme la Bourgogne. Pourra-t-on encore y produire du pinot noir dans 50 ans ? C’est maintenant que les gens devraient y réfléchir sérieusement, pas en 2070.

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